Aménagement des pêches artisanales
 
Chapitre 1. Démographie 
1.1 Sommaire 
  1.1.1 Eléments d’anatomie et de biologie 
  1.1.2 Taxinomie et systématique 
  1.1.3 Théories sur la croissance des populations 
  1.1.4 Concept de base de la dynamique des systèmes exploités 
1.2 Objectif 
1.3 Pré-requis 
Chapitre 2. Eléments de Statistiques Appliquées pour Ecologues et Aménagistes
Chapitre 3. Méthodes d’estimation de la taille des populations.
Chapitre 4. Age, Croissance et Mortalité
Chapitre 5. Stock, Production, recrutement
Chapitre 6. SELECTIVITE DES FILETS
Chapitre 7. Transformation et conservation des produits de pêche
Chapitre 8. Exercices d’application
Chapitre 9. Ressources du cours
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1.1.1. Eléments d’anatomie et de biologie

1.1.1.1. Anatomie du poisson
Anatomie externe
D’une manière générale le poisson est de forme fusiforme. C’est le cas des tilapias ou du capitaine par exemple. Le corps comprend 3 parties dont la tête, le tronc et les membres ou nageoires. La figure 1 décrit les différentes parties du corps. On remarquera qu’il y a deux nageoires paires ( les pectorales, et les pelviennes ou ventrales) et trois nageoires impaires (la dorsale, l’anale et la caudale).

 

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Figure 1 : Anatomie externe du poisson ; opercule (oper), nageoire dorsale (D), nageoire caudale (C), nageoire anale (A), nageoires pectorales (Pec), nageoires ventrales ou pelviennes (V/Pel). On remarque les premiers rayons osseux et les derniers rayons mous de la dorsale ; on voit aussi les traits verticaux de la caudale qui caractérisent l’espèce Oreochromis niloticus. Le pédoncule caudal est relativement court chez les tilapias et la caudale non fourchue.

 

            Des modifications peuvent intervenir sur une ou l’autre partie du corps afin de répondre à un besoin d’adaptation au régime alimentaire, au comportement (nage par exemple), au camouflage afin d’échapper à la prédation, etc. On peut citer quelques cas de modification chez a) les anguilles qui ont une corps très allongés (Protoperus annectens), b) le tétraodon avec un corps court pouvant se gonfler comme un ballon et muni de sortes d’épines appelés spinules (Tetraodon lineatus), c) les silures qui ont une tête aplatie et une bouche large et plate munie de barbillons pouvant être ramifiés (Clarias gariepinus) ou souvent avec une nageoire dorsale très longue pouvant s’estomper et donner une adipeuse (Heterobranchus bidorsalis), d) les mormyrus avec une bouche terminale sur un museau proéminent et une nageoire caudale fourchue (Mormyrus rume), e) le polyptérus dont les écailles sont impossibles à arracher séparément (Polypterus senegalus), f) le poisson cheval avec une nageoire caudale filiforme (Gymnarchus niloticus). Le site suivant présente l’anatomie externe des poissons :
http://aquafish.free.fr/morphologie/morphologie.htm

 

Descriptions de quelques parties du corps :

  1. Les rayons des nageoires peuvent être, simples ou ramifiés, ossifiés/épines ou mous libres ou réunis par une membrane ; l’épine peut être articulée, dentelée ou simple. Les grands nageurs ont des nageoires dorsales souvent positionnées vers l’arrière afin d’accroître leur force de propulsion (décollage).
  2. Les écailles peuvent être diverses formes: ganoïdes (Polyteridae), cycloïdes (Characidae), cténoïdes (Distichodontidae), en spinules (Tretraodontidae), placoïdes/ ou écussons (Chondrichtyens et Clupeidae). Les photographies 1 ; 2 et 3 ci-dessous donnent des exemples de types d’écailles.

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Photo 1 : Ecaille cycloïde

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Photo 2 : Ecaille ganoïde

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Photo 3 : Ecaille placoïde

 La bouche est munie de dents qui peuvent être d’une ou de plusieurs crêtes/ ou pointes ; on a ainsi des dents mono cuspides (Marcusenius sp), bicuspides (Brycinus sp), tricuspides (Micralestes) ou poly cuspides. Les dents peuvent être visibles quand la bouche est fermée (Hydrocyon forskalii)

  1. L’œil peut être à bord libre (on peut glisser le bec du crayon entre la cavité oculaire et l’œil).
  2. Les barbillons de la bouche peuvent être ramifiés comme l’indique la figure 2 suivante. On remarquera que l’adipeuse de la nageoire dorsale et le premier rayon de la dorsale transformé en épine ; la caudale fourchue.

 

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Figure 2 : Barbillons branchus chez Synodontis ocellifer Boulenger (source : Daget 1967. Les poissons du Niger Supérieur).

Anatomie interne
Une dissection est nécessaire pour observer les organes internes du poisson. Cette dissection se fait l’ouverture d’une ‘fenêtre’ au niveau de l’abdomen en commençant par introduire les ciseaux dans l’anus : faire une coupe le long de l’abdomen horizontalement jusqu’à la base des pelviennes ; ensuite à partir d’anus remonter verticalement jusqu’au muscle du dos avant de continuer l’incision horizontalement le long de la base du muscle du dos. Une dernière incision pour rejoindre la base des pelviennes permet de décoller la dite fenêtre et exposer les organes internes. Ces organes sont notamment a) le tube digestif composé de l’estomac, l’intestin tous deux souvent pleins de nourriture ou vide, b) le foie rouge billant à la lumière et la bile, c) le rein rouge brillant qui est plaqué le long de la colonne vertébrale, d) la rate rouge-foncé, e) la vessie natatoire qui est une poche pleine de gaz et de couleur blanc-translucide ; il est nécessaire de faire une incision profonde au-delà de la base des pelviennes et vers l’opercule pour observer le cœur rouge clair et qui continue de  battre si le patient utilisé était vivant et que l’opération n’a pas durée. On remarquera qu’en anatomie comparée le tube digestif (l’intestin notamment) est très long chez les espèces de poissons herbivores tandis qu’il relativement court chez les poissons piscivores ou prédateurs. Cette différence est due au fait que chz les herbivores les processus de digestion des aliments sont plus longs. A l’opposé la vessie natatoire est plus volumineuse chez les prédateurs pour un besoin suspension dans l’eau et de nage rapide pour capturer les proies. Enfin sous l’opercule on découvre les branchies composées d’arcs branchiaux supportant des lamelles branchiales ; les arcs comportent souvent des épines branchiales (exemple chez les tilapias). La figure 3 ci-dessous met en évidence ces organes internes. Cliquer sur le site suivant pour d’autres informations : http://www.infovisual.info/02/033_fr.hml

Anatomie interne d'un poisson osseux
Figure 3 : Anatomie interne d’un poisson osseux. Source : www.infovisual.info

 

1.1.1.2. Biologie du poisson

La respiration

Les animaux terrestres ont des poissons pour la respiration. Les poissons possèdent des branchies pour la respiration. Le brassage de l’eau sur les lamelles des branchies permet un échange de molécules d’oxygènes qui seront transférées de l’eau vers l’ouverture de vaisseaux sanguins (les capillaires) qui irriguent les branchies. Les molécules d’oxygènes sont ensuite transportées dans les corps par les capillaires puis par le système d’irrigation supérieur. La structure lamellaire des branchies leur permet d’extraire le maximum d’O2 dissous de l’eau, O2 dissous qui très souvent existent en faibles quantités ; par exemple 5 mg O2/litre d’eau sont souvent observé dans les plans d’eau soudano-sahéliens mais cette teneur peut se réduire dramatiquement à 1,5 mg O2/ litre lors des périodes d’eutrophisation et d’étiages saisonniers. La ventilation des branchies commence par une entrée d’eau généralement par la bouche suivie d’une contraction de la cavité operculaire qui accélère le courant d’eau. Le passage d’important courant engendre un meilleur échange d’oxygène. Certains poissons ont développé des mécanismes d’adaptation (modification de la structure des lamelles branchiales) leur permettant d’utiliser directement l’oxygène de l’air. C’est le cas de Protopterus annectens ou anguille et les espèces de Clarias et Auchenoglanis occidentalis pour ne citer que ceux là. Dans les débarcadères on constate que ces poissons peuvent, après leur capture, survirent pendant plusieurs heures.

Le régime alimentaire

Les poissons peuvent êtres classés, selon leur régime alimentaire, en herbivoires, carnivores/ piscivores, omnivores et détritivores. Très souvent le mode d’alimentation et le type de nourriture ingurgité est en relation avec la forme de la bouche et de l’appareil digestif. Les espèces du genre Clarias par exemple sont des fouilleurs de la vase à la recherche du plancton, elles par conséquent des bouches aplatie et large comme les canards (on les surnomme les canards d’eau) ; ce sont des herbivores à tendance omnivores comme les tilapias (Oreochromis niloticus surnommé poulet aquatique). Le capitaine (Lates niloticus), un piscivore stricte au stade adulte, possède des dents évoluées de vrai carnivore. Certaines espèces de la famille des Mormyridés possèdent une bouche terminale sur un museau proéminent leur permettant de capturer leur aliment par filtration, ou en sirotant ; elles peuvent aussi projeter une gerbe d’eau sur l’aliment (larve d’insecte par exemple) accroché sur les herbes, qui tombe et est ingurgité. Dans la famille des Bagridés l’espèce Auchenoglanis occidentalis a une bouche en ventouse lui permettant sucer les aliments (plancton notamment) qui se trouvent sur les substrats immergés dans l’eau (les souches d’arbres et pierres par exemple). Comme poissons omnivores des plans d’eau sahéliens nous pouvons citer Heterotis niloticus encore appelé le cochon d’eau. Les tableaux 1, 2, 3 suivants sont des résultats d’investigations sur le régime alimentaire de deux espèces piscivores en pêcheries artisanales du Burkina Faso (Kabré et al, 2007).

Tableau 1

 

Tableau 2

Tableau 3


La Reproduction

 

Comme chez toutes espèces vivantes les succès de survie d’une espèce de poisson réside notamment dans ses capacités à se reproduire et à survivre dans un environnement très souvent instable et hostile. En écologie fondamentale on évoque qu’une espèce choisit de vivre dans un milieu qui lui favorable appelé niche écologique. Ainsi chaque espèce de poisson choisi des sites qui lui sont favorable pour sa reproduction. D’une manière générale le mode de reproduction est une stratégie d’adaptation unique acquise et transmise depuis des générations. C’est ainsi qu’on les modes de reproductions suivantes selon l’espèce. Les œufs peuvent être déposés :

  • dans un trou ou une cuvette aménagée (cas des tilapias) ;
  • entre les herbes ou les racines ou parfois accrochés en masse sur ces substrats;
  • dans un nid ;
  • sur des pierres ou autres substrats ou objets flottants;

D’une manière générale les œufs sont reliés par substance visqueuse qui les maintient en masse.

La fécondation est externe pour les espèces d’eau douce en zones soudano-sahéliennes : la femelle dépose les œufs mûrs dans une cuvette par exemple et le mâle les asperge de sa semence ou laitence. Il va de soi qu’une telle technique de reproduction naturelle engendre non seulement un faible succès dans la fertilisation des œufs mais aussi un faible taux de sur vit des œufs à prédation ; et partant de là un faible taux de survie des alevins (petits poissons) qui dès leur naissance doivent faire face aux intempéries de leur environnement sauvage. Le nombre d’œufs produit est estimé par kilogramme poids vif de la femelle et varie selon l’âge et la taille des femelles ainsi que le diamètre des œufs mêmes. Ainsi les espèces produisant des œufs d’un diamètre compris entre 0,3 à 0,5 mm pondent 500000 à 1000000 d’œufs/ kg de poids vif tandis que celles qui donnent des œufs de diamètre entre 0,8 et 1,1 mm pondent 100000 à 300000 œufs/ kg. Celles qui produisent des œufs de grande taille variant entre 1,2 à 2,5 mm de diamètre moyen livrent environ 5000 à 50000 œufs/ kg.

D’un point de vue soins maternels ou des parents les recherches indiquent que certaines espèces de poissons prennent soins de leurs œufs et de leurs petits en a) les protégeant (incubation buccale chez les tilapias) contre les prédateurs (batraciens, poisons piscivores et autres), b) en oxygénant et les nettoyant (les œufs notamment) tandis que d’autres abandonnent leur progéniture après la ponte. On a remarqué par conséquent que :

  • les espèces qui prennent soins de leurs œufs et leurs petits produisent moins d’œufs que celles qui les abandonnent les œufs et les petits ; ces dernières produisent beaucoup d’œufs;
  • les espèces qui protègent leurs œufs et leurs petits produisent moins d’œufs que celles qui abandonnent leurs petits après éclosion des œufs ;
Quelques exemples de poissons qui pratiquent qui pratiquent l’incubation buccale chez les tilapias : Oreochromis niloticus, Tilapia galilaea, Tilapia variabilis.

 

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