Aménagement des pêches artisanales
 
Chapitre 1. Démographie
Chapitre 2. Eléments de Statistiques Appliquées pour Ecologues et Aménagistes
Chapitre 3. Méthodes d’estimation de la taille des populations. 
3.1 Sommaire 
  3.1.1 Marquages et recaptures 
  3.1.2 Capture et effort de pêche : méthodes de Leslie et Delury 
  3.1.3 Echantillonnage classique 
3.2 Objectif 
3.3 Pré-requis 
Chapitre 4. Age, Croissance et Mortalité
Chapitre 5. Stock, Production, recrutement
Chapitre 6. SELECTIVITE DES FILETS
Chapitre 7. Transformation et conservation des produits de pêche
Chapitre 8. Exercices d’application
Chapitre 9. Ressources du cours
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3.1.3. Echantillonnage classique

Comme nous l’avons développé dans le chapitre 2, à défaut d’une possibilité d’énumération exhaustive de toute la population, il est nécessaire et raisonnable d’échantillonner.

3.1.3.1. Enumération exhaustive

Plusieurs cas peuvent présenter des possibilités de comptage complet des individus de la population des petits plans d’eau ; nous évoquerons ici quelques cas :

  • Les populations des petits chapelets d’eau des cours d’eau en période d’étiage peuvent être pêchées en totalité et comptées ;
  • Pour les étangs vidangeables une énumération complète est possible ;
  • Les populations d’espèces migrantes peuvent être énumérées directement par diverses techniques ;
  • Dans le cas de certains cours d’eau dont l’eau limpide permet une bonne pénétration de la lumière il est possible de faire des photographies aériennes et évaluation la taille de la population de poissons ;
  • L’utilisation des produits toxiques (exemple la roténone utilisée couramment au sud des USA) permet aussi de collecter tous les individus d’une aire finie de plan d’eau ;

3.1.3.2. Estimation de la densité par échantillonnage stratifié

Dans le cas ou une stratification du cours d’eau est nécessaire afin de prendre en compte tous les types d’habitats (exemple zone profonde, zone moyennement profonde, zone littorale, etc.) les unités d’échantillonnage sont réparties selon la loi du hasard proportionnellement à l’importance de chaque zone. Ensuite des échantillons sont pris et les nombres Ni d’individus de poissons comptés. Finalement la formule suivante permet d’estimer la taille de la population :

^N= (A/n)* S n I=1 N i

avec ^N l’estimateur de la taille de la population, A la superficie totale du plan d’eau, n le nombre d’unités d’échantillonnage, N i le nombre d’individus comptés dans l’unité d’échantillonnage.

La variance de ^N est :

V(^N)=[(A 2-nA)/n]*[n S n I=1 N i 2-( S n I=1 N i) 2]

Cette méthode d’estimation des densités est utilisée pour l’énumération des populations d’autres espèces du milieu aquatique tel que les macro invertébrés benthiques (Kabré et al, 2003).

3.1.3.3. Quelques techniques de collecte des données : pêche électrique, produits toxiques

La pêche expérimentale

Très souvent le chercheur aménagiste des pêches a besoin de collecter des données très précises ; il s’oblige à adopter un dispositif expérimental très rigoureux : matériel de pêche adéquat et très sélectif (exemple filets de différentes mailles), subdivision du temps d’échantillonnage, choix de sites d’échantillonnage selon la loi du hasard, des échantillonneurs bien entraînés et expérimentés (exemple des pêcheurs professionnels), etc. Un exemple de méthode d’estimation de la taille des populations qui exige ce type de dispositif est celle Leslie et Delury. La pêche expérimentale est nécessaire pour compléter ou même améliorer la fiabilité des données des statistiques des pêches existantes. Les filets maillants sont souvent utilisés en pêcheries artisanales (conf. Chapitre 6).

NB : Dans la plupart des pays d’Afrique subsaharienne la pêche est réglementée. Le chercheur devrait alors se conformer aux textes législatifs existant en demandant une autorisation spéciale pour utiliser par exemple des filets de mailles prohibées ou des produits toxiques.

La pêche électrique

C’est une pêche expérimentale qui utilise des engins équipés de générateur électrique de 300 à 650 voltes capable d’électrocuter les poissons (photo 4). L’effet de la stimulation/intensité électrique dans le champ magnétique est régressif et excentrique à partir du bateau comme l’indique la figure 25. L’efficacité de la stimulation électrique dépend de la température, de la conductivité, de la salinité de l’eau, de la durée de la stimulation et de la taille des poissons. Les poissons se trouvant non loin de la source d’émission sont instantanément électrocutés avec parfois une faible chance de survie pour les plus petits. D’une manière générale les poissons collectés en majorité ne meurent pas et reprennent vie quelques minutes après ; temps suffisant pour le chercheur de prendre toutes les données biologiques (longueur, poids, sexe, âge, etc. .) dont il a besoin. Les poissons sont alors remis dans le plan d’eau.

Photo 4 : Scène de pêche électrique à la mare aux hippopotames /Burkina Faso. De gauche à droite, les deux premières personnes tiennent des épuisettes pour la collecte du poisson électrocuté ; la personne assise tient le disjoncteur du générateur électrique, enfin la quatrième personne est le pêcheur qui dirige la barque à l’aide d’une perche.

Figure 25 : Démonstration d’une scène de pêche électrique ; 1=l’interrupteur de courant électrique, 2= générateur électrique, 3= centre des ondes magnétiques, 4= épuisette de collecte du poisson électrocuté, 5= le bateau guidé par le capitaine dans la direction indiquée, 6= le moteur hors bord du bateau, sti/R= stimulation régressive dans le sens de la flèche verte.

Pêche à l’aide des produits toxiques

Des produits toxiques sont parfois utilisés pour capturer les individus afin d’estimer la taille de la population de poissons. Le produit toxique le plus connu est le roténone. C’est un extrait d’une plante d’origine d’Amérique latine et dont la décoction au contacte avec l’eau prive piège les molécules d’oxygène avec pour conséquence immédiate l’asphyxie des poissons. Le temps de rémanence du produit est de quelques minutes ; son effet peut être annihilé facilement par l’épandage du permanganate de potassium. La roténone est vendue en poudre ou sous forme liquide et sur la place du marché elle s’appellerait le Nécrovar.

La procédure d’application du produit est souvent indiquée par l’usine de fabrication et est succinctement la suivante :

  • délimiter la zone avec une seine de plage ;
  • répandre le produit à la dose de 0,025 mg/l à l’intérieur de la zone d’échantillonnage ;
  • l’effet est immédiat : 1 mn après les espèces de poissons les plus sensibles au déficit d’O2 (exemple les prédateurs comme le capitaine) font surface. On les récupère à l’aide d’une épuisette. Les espèces tolérant de faible taux d’oxygène (1,5 mgO2/l) comme les tilapias viendront en surface après les prédateurs. Finalement ce sont les espèces rustiques (les clarias ou poisson- chat) qui tolèrent beaucoup le déficit d’O2 et qui peuvent même utiliser l’oxygène de l’air qui viendront en surface en dernière position.
  • On notera que tous les poissons intoxiqués ne font pas surface, et surnageront à l’état décomposé quelques heures après ; ce qui révolte souvent les populations riveraines du plan d’eau. Il y a donc un travail de sensibilisation de ces populations à faire avant l’utilisation des produits toxiques.
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