Aménagement des pêches artisanales
 
Chapitre 1. Démographie
Chapitre 2. Eléments de Statistiques Appliquées pour Ecologues et Aménagistes
Chapitre 3. Méthodes d’estimation de la taille des populations.
Chapitre 4. Age, Croissance et Mortalité
Chapitre 5. Stock, Production, recrutement
Chapitre 6. SELECTIVITE DES FILETS 
6.1 Sommaire 
  6.1.1 Description du matériel de pêche 
  6.1.2 Sélectivité des filets 
  6.1.3 Quelques éléments de la qualité et la productivité des eaux 
  6.1.4 Cogestion des pêches 
  6.1.5 Notions sur les maladies des poissons 
6.2 Objectif 
6.3 Pré-requis 
Chapitre 7. Transformation et conservation des produits de pêche
Chapitre 8. Exercices d’application
Chapitre 9. Ressources du cours
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6.1.4. Cogestion des pêches

 

L’article suivant donne un aperçu de l’approche cogestion des pêcheries artisanales au Burkina Faso ; il s’étend surtout sur la pêche amplifiée.

6.1.4.1. La pisciculture villageoise ou approche <<pisciculture>>

Face à la dégradation constante du stock halieutique des pêcheries de la région, le Projet (GPSO), à l'instar des premiers projets, a testé de 1988 à 1993 un modèle d’aménagement qui consistait à repeupler systématiquement les plans d'eau avec le tilapia du Nil Oreochromis niloticus. Le choix de cette espèce est lié à ces multiples qualités comme sa rapidité de croissance, son large spectre alimentaire, son goût apprécié par les consommateurs.... Ce modèle prévoyait en plus d’un empoissonnement régulier d’alevins de O. niloticus à raison de 20 kg/ha/an, une contrôle de la production des prédateurs (Hemichromis, Lates, Clarias...) , un contrôle des compétiteurs et de la végétation aquatique (Gopa-Cofad, 1994). Afin de permettre une augmentation supplémentaire le modèle prévoyait aussi une diversification des espèces économiques par l’introduction (empoissonnement unique de géniteurs) de Heterotis niloticus, Labeo coubie, Lates niloticus. Cette technique est celle que nous avons appelé l'approche <<pisciculture>>.

Les raisons pour lesquelles le modèle ne fonctionne pas techniquement sont :

  • irrégularité de la production d’alevins de tilapia et insuffisance des empoissonnements pour due au :
  • non application des autres mesures techniques comme contrôle des prédateurs, compétiteurs et végétation aquatique.

6.1.4.2. La gestion durable des plans d'eau ou pêcheries

Cette approche a pour objectifs d'impliquer tous les intervenants et les autorités locales autour d'un plan d'eau, à travers un cadre de concertation, dans la gestion des ressources en particulier des ressources halieutiques. Pour y arriver, le projet utilise comme stratégie:

  • la sensibilisation des différents utilisateurs du plan d'eau ;
  • les formations des acteurs dont surtout les pêcheurs ;
  • les appuis-conseil.

L'objectif à terme est une gestion différenciée des plans d'eau à travers des mesures organisationnelles et techniques. Pour une meilleure appréciation des actions de nos groupes-cible, le projet s'est fixé un certain nombre de critères. Sur le plan organisationnel, les critères d'une bonne organisation se résument comme suit :

  • l’existence d’un objectif clair et précis connu de tous les membres ;
  • l'existence des règles de fonctionnement et de gestion adoptées et appliquées par tous les membres ;
  • l'existence d'une bonne communication avec la tenue régulière de réunions si nécessaire documentée ;
  • la stabilité du groupe au niveau de ses membres ;
  • l'existence d'une caisse ravitaillée régulièrement pour le financement des activités du groupe;
  • la bonne représentativité du groupe à l’intérieur et l'extérieur de la communauté.

Sur le plan technique, les critères d'appréciation pour des pêcheries où les captures des tilapias dominent largement, portent essentiellement sur :

  • la limitation de l’effort de pêche dans le but de garder l'équilibre entre la production exploitée et la production théorique (productivité) ; cet effort est régulé par la quantité maximale de matériel à utiliser par unité de temps qui sont pour la plupart des filets maillants et des filets éperviers ;
  • l’application d’un maillage minimal (40 mm de côté) pour permettre la capture de sujets d’une certaine taille qui se sont reproduits, qui ont profité de leur potentiel de croissance et qui sont économiquement intéressants ;
  • le respect des zones de protection dont le but est de procurer aux espèces économiques des conditions de reproduction favorables ; on distingue des zones de fermeture permanente pour les espèces à reproduction plus au moins continue (tilapias) et des zones de fermeture temporaire pour les espèces migratoires à reproduction saisonnière (silures, Brycinus, Labeo etc) ;
  • le suivi des captures en vue de mieux connaître et suivre l’effort et la production exploitée.

Il est évident que la gestion des ressources halieutiques ne relève pas de la responsabilité des seuls pêcheurs exerçant sur le plan d'eau. C'est pourquoi ces derniers sont appuyés dans leurs efforts par les populations riveraines ce qui justifie la création d'un cadre appelé <<cadre de concertation >> où tous les intervenants discutent et règlent les problèmes rencontrés sur le plan d'eau. Dans le cadre de cette gestion durable, le projet utilise des méthodes participatives (MARP, SEPO...) dans toutes les étapes de son intervention auprès des populations en particulier auprès les pêcheurs.

6.14.3. Résultats obtenus

Au niveau des organisations de base

Les résultats de cette nouvelle stratégie auxquels nous sommes parvenus après quatre (4) années sont fort intéressants. A travers les appuis du projet, les acteurs ont acquis un certain nombre de connaissances aussi bien en matière d'organisation qu'en matière technique.

Dans le domaine de l'organisation des pêcheurs, sur les quinze (15) sites encadrés de façon régulière par le projet, dix (10) se sont dotés d'une organisation de base formelle appelée « groupement pré coopératif » avec des objectifs précis qui vont dans le sens d’une gestion durable de leur plan d'eau. Sur sept (7) sites, les pêcheurs sont arrivés à mettre en place et à faire respecter des règles de fonctionnement et de gestion de leur groupement. Du point de vue fonctionnement, douze (12) groupements tiennent des réunions régulières qu'ils documentent tandis que sept (7) disposent d'une caisse alimentée essentiellement par des cotisations régulières de ces membres par le biais de la pesée des captures. En effet ces groupements ont mis en place une cotisation par kilo de poisson vendu. Ce système permet également la rémunération du gérant responsable du centre de pesée. Les cotisations permettent de faire face aux dépenses du fonctionnement du groupement et de faire crédit à ces membres pour l’acquisition du matériel de pêche. Enfin neuf (9) groupements entretiennent de bonnes relations avec d'autres structures externes.

Sur ces sites précités, les pêcheurs ont pris conscience de la nécessité d'une gestion des ressources piscicoles et à travers leur organisation, ils défendent leurs intérêts en protégeant la ressource poisson contre d'éventuels exploitants extérieurs avec l'appui des autorités locales (administratives et coutumières).

Sur le plan technique, neuf (9) sites bénéficient d'un droit de pêche exclusif officieux accordé par les populations et/ou l'administration locale. Ces droits de pêche exclusifs ont facilité l’acceptation et l'application de certaines mesures de gestion proposées par le projet.

Pour les aspects relatifs à la pesée et la notation des captures, les groupements de pêcheurs autour de neuf (9) sites collectent les résultats des captures quotidiennes de leurs membres. Ces données qui représentent le poids total et le nombre de sujets par espèce et par sortie sont repris dans un cahier. Une copie des ces données est envoyée mensuellement au projet. L’utilisation de ces résultats est pour l’instant très faible et le projet sensibilise les pêcheurs à travers des missions d ’appui et une restitution annuelle des données qui lui ont été envoyées.

Quant au maillage, sur sept (7) sites les groupements appliquent depuis presque deux (2) ans des filets maillants à mailles supérieures ou égales à 40 mm de côté. Ainsi au niveau de ces sites, on a constaté, une amélioration qualitative au niveau de la capture : le poids moyen des tilapias qui était de l'ordre de 80 - 150 g est passé à 200 - 300 g. L'application de cette mesure a jusqu’à présent entraîné une baisse de la production et une nette amélioration du revenu des pêcheurs à cause d’un meilleur rapport taille - prix.

Par rapport à l'effort de pêche, sur sept (7) sites les groupements ont pris des initiatives pour limiter l’effort de pêche soit en mettant en place une rotation de la pêche après avoir déterminé le nombre maximum d’unités de pêche par jour soit en fixant la quantité de matériel de pêche maximale par unité de pêche.

Au niveau de huit (8) sites, les pêcheurs ont procédé à l'identification des zones de reproduction des "espèces économiques" (tilapias, Clarias...) où la pêche est proscrite de façon temporaire ou permanente. La moitié des groupements ont estimé nécessaire de matérialiser ces zones interdites à la pêche pour leur donner un caractère obligeant et de faciliter la vérification de l’application de cette mesure. Du matériel local comme des piquets en bois et/ou des flotteurs fabriqués avec des bidons plastiques de récupération sont utilisés à cette fin.

Sur 8 sites les pêcheurs qui étaient novices en la matière ont demandé et reçu une formation en technologie de pêche ce qui leur à permis de se familiariser avec le montage, l’utilisation et l’entretien des engins de pêche propices à l’exploitation piscicole de leur retenu ainsi qu’avec le maniement d’une pirogue.

La relative facilité avec laquelle les mesures de gestion sont acceptées et d’une façon moindre appliquées est certainement liée au fait que la plupart des pêcheurs encadrés sont des pêcheurs semi-professionels pour qui l’agriculture est l’activité économique principale et au fait que le rapport taille-prix est favorable à l’utilisation de grandes mailles.

Au niveau de l’organisation des groupements de pêcheurs

Afin de pouvoir mieux défendre ses intérêts vis-à-vis des mareyeurs bien organisés les pêcheurs de différents groupements de la région ont voulu s’organiser entre eux. Le projet a soutenu cette initiative ce qui a permit la création d’une association dénommée « Association des Groupements de Pêcheurs du sud-ouest » (AGPSO). Cette structure lui permet à présent de renforcer et de pérenniser ses actions auprès les pêcheurs des groupements de base. L’association association qui a vu le jour en 1995 compte actuellement 33 groupements membre représentant environ 360 pêcheurs. Son objectif principal est la professionnalisation de l’activité pêche à travers des activités qui vise l'appui aux pêcheurs et la défense des intérêts des ces derniers.

Sur le plan institutionnel le projet soutient fortement la création de services spécialisés de pêche appelés Services Régionaux de Pêche (SRP) dans les régions à forte potentialité halieutique au niveau des structures déconcentrées du ministère.

6.14.4. Difficultés rencontrées

L'approche décrite ci-dessus a rencontré plusieurs difficultés aussi bien au niveau des populations de base qu’au niveau de l'Etat.

  • Au niveau des populations de base

Dans son approche, le projet favorise la prise de conscience et la responsabilisation des acteurs par des sensibilisations et des formations face aux problèmes de la pêche. Le projet a renoncé consciemment à toute forme de dons ou de subventions en proposant d’autres solutions aux problèmes évoquées. Certains groupes de base ne partagent pas cette opinion car pour ces derniers l'appui passe nécessairement par une subvention ou encore mieux par la construction d’une infrastructure. Ce comportement fait référence à beaucoup de projets de développement qui ont habitué les populations aux appuis subventionnés.

Une autre difficulté rencontrée réside dans le fait que sur certains plans d'eau, il existe plusieurs types de pêcheurs : en plus les pêcheurs organisés il y en a ceux qui ne veulent pas intégrer cette structure et/ou des pêcheurs à la ligne. Les premiers sont difficiles à approcher car d'une part ils ne sentent pas concernés par l’organisation et la réglementation de la pêche et d'autre part ils se méfient parce qu’ils se croient en infraction et menacés.

  • Au niveau de l'Etat.

Ces difficultés se résument en quelques points qui ne sont pas les moindres, à savoir :

  • la non-concordance des points de vue entre le projet et les structures décentralisées du ministère sur la gestion qui pour la plupart d’entre eux se résume à une imposition des règles et la répression ;
  • l’absence d’un noyau de spécialiste en pêche affecté dans des régions à forte potentialité piscicole aggravé par un manque de stabilité des affectations ;
  • la lenteur administrative au regard du retard accusé dans la mise en œuvre de certaines dispositions telles que l'approbation de certains textes d'application du Code Forestier comme la concession de pêche et la restructuration du secteur pêche; cet état de fait découle de l'importance marginale du secteur des pêches.

BIBLIOGRAPHIE

BAIJOT E., MOREAU J., BOUDA S. Aspects hydrobiologiques et piscicoles des retenues d'eau en zone soudano-saharienne. CTA, 1994

BREUIL C. Appui à la préparation de la réunion sectorielle sur l'environnement

Partie 1: Revue du secteur des pêches au Burkina Faso

TCP/BKF/2357 (A), FAO, 1993

BREUIL C. Appui à la préparation de la réunion sectorielle sur l'environnement

Partie 2: Proposition de programme d'action pour le secteur des pêches au Burkina Faso.

TCP/BKF/2357 (A) FAO, 1993

JANSSEN Johannes: Analyse d’une expérience de pisciculture villageoise dans le sud ouest du Burkina Faso. (sous presse)

Projet "Gestion de la Pêche dans le sud-ouest" Documents de travail

CODE FORESTIER au BURKINA FASO, Loi N° 006/97/ADP

Ouagadougou, 1997

WELCOMME L.R.: Stocking as a technique for enhancement of fisheries. FAO

FAN 12, April 1996

En page d’approfondissement: lire <<Code de conduite pour une pêche responsable>> de la FAO à l’URL :

http://www.fao.org/DOCREP/005/v9878f/v9878f00.htm

la nouvelle loi (Code Forestier) prévoit une maille de côté minimale de 37 mm

Espèces appréciées par les consomateurs et dont la vente procure un revenu monetaire intéressant au pêcheur.

 

 

 

 

 

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