Aménagement des pêches artisanales
 
Chapitre 1. Démographie
Chapitre 2. Eléments de Statistiques Appliquées pour Ecologues et Aménagistes
Chapitre 3. Méthodes d’estimation de la taille des populations.
Chapitre 4. Age, Croissance et Mortalité
Chapitre 5. Stock, Production, recrutement
Chapitre 6. SELECTIVITE DES FILETS 
6.1 Sommaire 
  6.1.1 Description du matériel de pêche 
  6.1.2 Sélectivité des filets 
  6.1.3 Quelques éléments de la qualité et la productivité des eaux 
  6.1.4 Cogestion des pêches 
  6.1.5 Notions sur les maladies des poissons 
6.2 Objectif 
6.3 Pré-requis 
Chapitre 7. Transformation et conservation des produits de pêche
Chapitre 8. Exercices d’application
Chapitre 9. Ressources du cours
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6.1.5. Notions sur les maladies des poissons

 

 

La fiche technique suivante donne des informations sur les cas possibles de maladies pouvant être rencontrées chez les poissons des pêcheries artisanales en zone soudanienne.

MINISTERE DE L’AGRICULTURE DE Institut du

L’HYDRAULIQUE ET DES développement rural.

RESSOURCES HALIEUTIQUES. Unité de recherche en

MAITRISE D’OUVRAGE DE ZIGA (MOZ) pêches et faune (URPF/DD)

Fiche technique des maladies potentielles des poissons au Burkina, mars 2006

par

Pr André T. Kabré

Avant propos

Les connaissances sur les maladies des poissons à l’échelle mondiale ont été approfondies après les années 1945 où la pisciculture s’est beaucoup développée et a permis des productions industrielles afin de répondre à la demande d’un marché international. C’est cette intensification de la production qui a engendré de facto l’apparition de maladies qui ont causé d’importantes pertes dans les fermes piscicoles. Comme tout élevage en difficulté les acteurs de la filière poisson ont encouragé la recherche qui pouvait trouver l’explication et la thérapie nécessaire aux mortalités des poissons dans leurs exploitations. C’est ainsi que l’étude sur les maladies des poissons ou ichtyopathologie a connu un grand intérêt.

En Afrique la pisciculture est jusque là balbutiante à cause du manque de tradition d’élevage du poisson par les différentes sociétés; par conséquent la recherche sur les maladies des poissons ne constitue pas actuellement une préoccupation. Les conséquences des infections ont été pourtant signalées : dans la plupart des pays d’Afrique soudanienne les nombreux projets de développement de la pisciculture ont connu des succès souvent éphémères suivis d’échecs retentissants ; ces échecs sont souvent attribués aux maladies même si les causes n’ont jamais été identifiées. Le Burkina n’est pas en reste et les différents projets de pisciculture (Projet d’aquaculture de Banfora, Projet de Valorisation du Potentiel Halieutique et d’autres micro projets familiaux où à l’échelle du village) en rencontré des problèmes ichtyopathologiques.

Le but de ce guide est de tirer sur la sonnette d’alarme sur les maladies potentielles qui existent ou qui pourront apparaître si des prophylaxies sanitaires adéquates ne sont pas observées sur toute la chaîne de production du poisson. Ce guide, loin de décourager le consommateur, est une contribution à la production de poissons sains. En effet il est bien connu que la plupart des agents pathogènes ne résistent pas aux températures normales de cuisson des aliments et très peu de zoonoses existent. Enfin les maladies qui sont évoquées dans ce guide concernent essentiellement les maladies virales (viroses), les maladies bactériennes (bactérioses) et les maladies parasitaires (parasitoses).

Tableau 1. Liste de maladies virales rencontrées ou pouvant apparaître chez les poissons au Burkina.

Nom de la maladie

Agent causal

Principaux symptômes

Traitement curatif ou préventif

Lymphocytose

(Photo 1)

Lymphocystis johnstonei

Famille des Iridovirus; distribution mondiale.

  • Hypertrophie des écailles : présence de pustules et de verrues,
  • Sujets infectés pas esthétiques
  • Mortalité rare.
  • Pas de traitement curatif ;
  • En prévention : Ecarter les sujets

malades et les brûler, désinfecter les lieux d’élevage avec du chlore (eau de javel).

Nécrose pancréatique infectieuse (NPI)

Virus de NPI

Famille des Réovirus ; distribution mondiale.

  • Nage en vrille;
  • Hydropisie (ballonnement) ;
  • Taux de mortalités élevés (80 à 90 %) dans la forme sévère ;
  • Parfois de mortalité sans signes apparents.
  • Pas de traitement curatif ;
  • En prévention : Ecarter les sujets

malades et les brûler, désinfecter les lieux d’élevage avec du chlore (eau de javel).

Nécrose hématopoïétique infectieuse (NHI)

Famille des Rhabdovirus, distribution mondiale.

  • Nage erratique sur le littoral ;
  • Ensellement (scoliose) du dos.
  • Pas de traitement curatif ;
  • En prévention : Ecarter les sujets

malades et les brûler, désinfecter les lieux d’élevage avec du chlore (eau de javel).

Maladie virale du poisson chat (CCVD)

Ictalurus punctatus , famille des Herpesvirus

  • Nage littoral excentrique à la verticale;
  • Ballonnement ;
  • Sévère exophtalmie ;
  • Anémie des branchies ;
  • Taux de mortalité 100 % dans forme sévère.
  • Pas de traitement curatif ;
  • En prévention : Ecarter les sujets

malades et les brûler, désinfecter les lieux d’élevage avec du chlore (eau de javel) ;

  • Désinfecter les œufs et connaître la provenance des individus.

Septicémie hémorragique virale (SHV)

Famille de Rhabdovirus

distribution mondiale.

  • Nage en vrille ;
  • Oedèmes;
  • Hémorragies viscérales;
  • Exophtalmie ;
  • Anémie branchiale.
  • Pas de traitement curatif ;
  • En prévention : Ecarter les sujets

malades et les brûler, désinfecter les lieux d’élevage avec du chlore (eau de javel) ou de la soude à 0,2 % pendant 1 mn.

Tableau 2. Liste de maladies d’origine bactérienne rencontrées ou pouvant apparaître chez les poissons au Burkina.

 

Nom de la maladie

Agent causal

Principaux symptômes

Traitement curatif ou préventif

Bactériose septicémique

(Photo 2)

Aeromonas hydrophila ,

De la famille des Vibrionacés, Eubactériale,

distribution mondiale.

  • Anorexie ;
  • Nage littorale,
  • Nécrose profonde évoluant en lésions ouvertes ;
  • Exophtalmie ;
  • Dégénérescence des nageoires ;
  • Intestin vide d’aliment.

Thérapie :

  • Terramycine dans l’aliment à la dose de 2,5 g/ 45 kg de poisson par jour pendant 10 à 12 jours ;
  • Terramycine, chloromycétine ou érythromycine en injection 20 mg/ 0,5 kg de poids vif pendant 3 jours.

Prophylaxie :

Observer bonne mesure sanitaire de conduite d’élevage.

Maladie causée par Edwardsiella ictaluri

Edwardsiella ictaluri , famille des entérobactéries, Eubactériale.

  • Sévère hémorragie de la peau ;
  • Forte rougeur des mâchoires ;
  • Ballonnement ;
  • Lésions très ouvertes au milieu de la tête.

Thérapie :

Terramycine dans l’aliment à la dose de 2,5 g/ 45 kg de poisson par jour pendant 10 à 12 jours ;

Prophylaxie :

Observer bonne mesure sanitaire de conduite d’élevage.

Gangrène des poissons

Edwardsiella tarda

famille des entérobactéries, Eubactériale.

  • Hémorragie de pétéchies ;
  • Présence dans le muscle de gangrène (petites à grandes) pleine de gaz nauséabond.

Thérapie :

Terramycine dans l’aliment à la dose de 2,5 g/ 45 kg de poisson par jour pendant 10 à 12 jours ;

Prophylaxie :

Observer bonne mesure sanitaire de conduite d’élevage.

Isoler et détruire les sujets malades.

Vibriose

Vibrio anguillarum , famille des Vibrionacés, Eubactériale

Symptômes semblables à ceux de A. hydrophila. Taux de mortalité 70 à 80 % dans forme sévère.

Thérapie : ne donne pas de bons résultats

Prévention :

- Vacciner les sujets jeunes avec de la sulfamérazine (264 mg/ kg poids vif/ jour pendant 3 jours), de l’oxytétracycline (77 mg/ kg poids vif/ jour pendant 3 jours).

Maladie causée par Flexibacter columnaris

Flexibacter columnaris , famille des Cytophagacés, Cytophagale.

  • Lésions nécrotiques sur les lamelles branchiales qui seront détruites finalement ;
  • Septicémie généralisée.

Thérapie :

Terramycine dans l’aliment à dose 2 ppm pendant 10 à 12 jours.

Prévention :

Bonne mesure sanitaire d’élevage.

Mycobatctériose

Mycobacteium fortuitum , famille des Mycobactères, actinomycète.

Symptômes souvent pas visibles ; parfois nage littorale la tête vers la bas, scoliose, nécrose tout au long du rein.

Thérapie : pas de bon résultat, mais la Kanamycine est conseillée dans l’aliment à la dose de 100 mg/ kg poisons pendant 5 à 10 jours

Septicémie causée par les streptocoques

(Photo 3 donne exemple de bactérie Gram +)

Streptococcus sp , famille des Streptocoques, Actinomycète.

NB : ils causent rarement des maladies aux poissons, mais plutôt des gastro-entérites à l’homme.

  • Hémorragie operculaire ;
  • Inflammation tout au long de la dorsale ;
  • Saignement anal ;
  • Hydropisie ;
  • Augmentation (10 fois) de la bile.

Thérapie :

Chloromycétine dans l’aliment à dose de 2 à 3 g/ 45 kg poisson/ jour pendant 10 à 12 jours.

Tableau 3. Liste de maladies parasitaires rencontrées ou pouvant apparaître chez les poissons au Burkina.

Nom de la maladie

Agent causal

Principaux symptômes

Traitement curatif ou préventif

Maladies mycosiques :

Saprolignose

Saprolignia sp , Achlya sp et Dictyuchus sp,

famille des Saproligniacés, distribution panzootique

  • Nage dandinant ;
  • Développement d’un duvet cotonneux.

Thérapie :

Oxalate de vert de malachite dans l’eau d’étang jusqu’à concentration 0,05 à 0,1 ppm.

Prophylaxie :

Désinfection des œufs avec du Wescodyne R à la dose de 25 ppm pendant 5 à 10 mn ; éviter les blessures lors des manipulations.

Branchiomycose (Gillrot disease)

Branchiomyces sanguinis

  • Cause l’asphyxie des poissons ;
  • Taux de mortalité 100 % sous la forme sévère.

Thérapie : donne de mauvais résultats.

Observation des bonnes conditions d’élevage.

Ichtyosporidiose

Ichtyophonus hoferi , distribution panzootique

  • Présence de pustules de la taille de grain de sable sur la peau ;
  • Nécrose pouvant évoluer en lésion ouverte ;
  • Lordose et scoliose présentes en cas isolés.

Thérapie : pas de traitement curatif approprié. Les poissons infectés sont porteurs à vis.

Prophylaxie : Désinfection des lieux d’élevage avec du chlore est fortement conseillée.

Parasites animaux

Maladies causées par les protozoaires

Costia, Chilodonella et Trichodina

  • Les sujets surinfectés se tiennent à la verticale, se frottent souvent sur le fond de l’étang ;
  • Peau couverte d’un mince mucus gris blanchâtre ;
  • Des taux de mortalité élevés peuvent être enregistrés.

Thérapie : ajouter du formol à l’eau de l’étang à la dose de 25 à 50 ppm.

Prophylaxie : désinfection des étangs avec du Bromex R (0,12 ppm), Dipterex R (0,25 ppm) ou du Dylox R et Masoten R.

Myxosomose

Myxosoma cerebralis

  • Mélanose du pédoncule caudal et déformation ;
  • Présence de tournis.

La prévention est la seule solution : désinfection des milieux d’élevage avec du chlore.

Les vers plats (plathelminthes)

(Photo 4)

Monogène Dactylogyrus et Gyrodactylus, de la famille des Dactylogyridés et Gyrodactylidés, distribution panzootique

  • Sujets surinfectés asphyxiés ;
  • Nage littorale souvent verticale.

Traitement idem pour les protozoaires.

Les vers ronds (nématodes)

La plus part les vers ronds

  • Anémie, amaigrissement et réduction de la vitalité ;
  • Paralysie partielle parfois présente.

Thérapie : Phenothiazine (composé anti-niacine très puissant) à la dose de 0,1 % dans l’aliment pour 3 jours ; Tramisol 0,025 à 0,1 % dans l’aliment pendant 7 jrs.

Tableau 4. Liste d’antibiotiques de traitements curatifs ou préventifs des maladies rencontrées ou pouvant apparaître chez les poissons au Burkina.

 

Nom du produit

Dose indiquée*

Indication : dans quel cas utilisé ?

Auréomycine

55 mg/kg de poisson/ jour pendant 10 jours.

Bactériose de Aeromonas et Pseudomonas

Chloramphénicol

55 mg/kg de poisson/ jour pendant 10 jours.

Aeromonas et furonculose

Chlorotétracycline

55 mg/kg de poisson/ jour pendant 10 jours.

Bactériose de Aeromonas et Pseudomonas

Erythromycine

0.1 g/ kg de poisson / jour pendant 20 jours.

Maladie des reins (nécrose des reins)

Furanace

0,5 à 10 g/ kg d’aliment pendant 10 à 14 jours.

Vibriose et Aeromonas sp

Kanamycine

20 mg/ kg de poisson / jour pendant 20 jours.

Mycobactériose ainsi que Aeromonas sp et Pseudomonas sp.

Oxytétracycline

55 mg/ kg de poisson / jour pendant 10 jours.

Furonculose et autres bactéries gram négatif.

Sulfisoxazole

0,22 g/ kg de poisson / jour pendant 10 jours

Infections des Myxobacters.

Sulfamérazine

0,26 g/ kg de poisson / jour pendant 3 jours puis 0,15 g / kg / jour pendant 11 jours.

Nombreuses infections des bactéries gram négatif pathogènes au poisson.

Terramycine

55 mg/ kg de poisson / jour pendant 10 jours.

Furonculose et autres bactéries gram négatif.

* Les doses ont été confirmées.

Tableau 5. Liste des produits de traitements curatifs ou préventifs des parasitoses des monogènes trématodes rencontrés ou pouvant apparaître chez les poissons au Burkina.

Nom du produit

Dose indiquée

Temps de traitement

Indications : dans quel cas utiliser ?

Acide acétique

5 % (ou 50.000 mg/ litre)

1 mn en bain

Poisson d’aquarium surtout

Hydroxyde d’ammonium

1 :2.000 (ou 500 mg/ litre)

1 à 15 mn en bain

Désinfection normale de poissons

Bleue de méthylène

1 :30.000 (ou 2,9 mg/ litre)

souvent

Ajouter à l’eau de l’étang

Masoten

1 : 4.000.000 (ou 0,25 mg/ litre)

souvent

Ajouter à l’eau de l’étang

Permanganate de potassium

1 : 400.000 (ou 2,5 mg/ litre)

souvent

Ajouter à l’eau de l’étang

Sodium

2,5 % (25.000 mg/ litre)

1 heure en bain

Très rarement pour nos espèces d’eau douce

Chlore

0,7 % (ou 7.000 mg/ litre)

souvent

Tue les larves des monogènes trématodes dans l’étang.

 

Photo 1 : Pustules (1)et verrues ( 2) de la lymphocytose.

Photo 2 : Hydropisie (1), pourriture de la queue et ulcère de la peau provoqués par une infection bactérienne (2), pourriture des branchies (3) provoquée par une infection par des myxobacters (4 et 5) ; lésions de la peau de Synondontis sp (6).

Photo 3 : De gauche à droite Renibacterium salmoninarrum (coccis en bleues) et un début de nécrose sur le rein en plein centre de la photo de droite. Diagnostic fait sur le saumon chinook du lac Michigan/ USA, 1993.

Photo 4 : Gyrodactylus sp (photo du haut) et Ligula intestinalis (photo du bas) tous parasites des poissons. Source (Post, 1983)

 

Définition de quelques termes utilisés en maladies des poissons

Ichtyopathologie : science qui étudie les maladies (pathologie) des poissons (ichtyo).

Zoonoses : maladie qui peut être transmise d’un animal à l’homme ou à une autre espèce animale.

Nécrose : accumulation de cellules ou de tissus morts dans un organe ou dans le muscle.

Atrophie : réduction de la taille d’un organe due à la réduction de la taille de ses cellules.

Hypertrophie : augmentation de la taille d’un organe due à l’augmentation de la taille de ses cellules.

Hyperplasie : augmentation de la taille d’un organe due à l’augmentation du nombre de ses cellules.

Hémorragie : accumulation de sang dans l’épithélium.

Panzootique : présence dans le monde (ie à grande échelle).

Exophtalmie : accumulation de liquide dans le globe oculaire.

Œdèmes : accumulation de liquide (eau notamment) sous la peau.

Septicémie : présence généralisée de l’agent pathogène dans le corps du sujet infecté.

Anorexie : manque d’appétit.

Hydropisie ou ascite: accumulation de liquide dans la cavité abdominale avec ballonnement.

Pétéchies : petites tâches rouges sur la peau dues à une hémorragie.

Symptômes : ce que la maladie laisse apparaître et qui est visible chez l’animal.

Scoliose : déformation de la colonne vertébrale.

Infection : présence de l’agent pathogène dans le sujet.

Inflammation : réaction physiologique d’un organisme face à une blessure ; cette réaction se traduit par la migration de liquide vers la zone.

 

 

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