Les masques aussi bien que le contexte de leur utilisation sont évoqués au début du XXe siècle dans les récits de plusieurs voyageurs dont certains ont apporté de précieux renseignements (1). Tous parlent des masques et des danseurs qui les portent tous le nom de Ouango. Ce terme que l'on écrit maintenant wango est le mot moaaga (de la langue moore) que désigne tout masque, quelle que soit son origine régionale, sa matière ou sa fonction.
(1) Pour en savoir plus voir KONKOBO, K. M., Le culte des masques et sa signification sociale dans le village de Gourou, mémoirede maîtrise, Université de Ouagadougou, Histoire et Archéologie de Ouagadougou, 1982.
Les styles
Le style des masques reflète les différences culturelles régionales liées aux origines ethniques antérieures ou XVIe qui marquent encore aujourd'hui les divers groupes de Nyonyosé. Ces différences sont parfois plus nettes entre deux régions Mossi qu'entre un style Mossi et celui d'une région voisine non-Moaaga (mossi). Les grandes aires stylistiques correspondent approximativement aux royaumes Moaaga qui existaient avant la colonisation française. Pour des raisons de commodité je garderai le nom de ces royaumes pour désigner les aires stylistiques, en précisant la correspondance géographique(1)..
Trois principaux styles se dégagent, avec pour certains des sous-styles. Le style du sud-ouest correspondant à l'ancien royaume de Ouagadougou.
Les masques sont petits et représentent le plus souvent des animaux parfois des humains. Les styles du nord se divisent en trois sous-styles, selon les anciens royaumes de Yatenga, Risiam et Kaya. Ils représentent les animaux totémiques des clans. Plus grands que les précédents, les masques sont surmontés d'une planche est sculpté devant la planche ou la remplacent. Enfin le style de l'est, dans la région de Boulsa est caractérisé par des masques demi-cylindriques au visage peint en blanc et qui représentent des esprits protecteurs venus de la brousse. Qu'il soit humain ou animal le masque porte généralement les scarifications traditionnelles, ainsi que d'autres motifs peints ou pyrogravés. Tous les masques sont complétés par un costume de fibres. Les masques humains représentent parfois des femmes. Ils portent alors la coiffure trilobée gyonfo couramment utilisée dans tout le Soudan occidental.
Cependant, la plupart des masques représentent des animaux, de façon plus ou moins abstraite ou stylisée, les plus abstraits étant ceux de Yako et Arbollé. Sur de nombreux masques les plans sont combinés de manière abrupte, et les caractères anatomiques de l'animal sont parfois si peu individualisés qu'il n'est reconnaissable que grâce à un détail que les mammifères sont généralement les plus individualisés. Le masque antilope, au museau long et fin, un peu pointu porte de fines cornes de section ronde, en forme de S tandis que le bélier au museau lourd a d'épaisses cornes de section triangulaire en forme de croissant.
Le phacochère montre des défenses courbes. Qu'ils soient humains ou animaux les masques sont ornés de dessins géométriques pyrogravés, peints en rouge, noir et blanc. Certains représentent les scarifications traditionnelles.
Les motifs les plus courants sont les rectangles et les triangles. Les rectangles sont peints moitié en rouge moitié en blanc selon la diagonale. Les parties sombres et les spirales des cornes sont noircies à l'aide d'une lame chauffée.
Les styles du nord se caractérisent par un visage avale concave ou convexe percé d'yeux le plus souvent triangulaire et surmonté d'une planche verticale longue et mince devant laquelle une figure féminine est parfois sculptée. Il arrive que cette statue remplace la planche. Du front, en avant de la planche s'élève la tête d'une gazelle avec ses cornes.Ces grands masques à planche sont appelés karansé (sing. karango). Lorsqu'ils sont ornés d'une figure féminine on les nomme karan-wemba, ou karan-neda, masque à personnages, ou simplement wan-neda, contraction de wango et de neda, personne.
(1) Pour en savoir plus voir les travaux de Christopher ROY sur les masques au Burkina Faso.