L'art africain dans la littérature orale accueil

Chapitre XVI. Les scarifications ethniques

 

Les scarifications ethniques sont des formes de cultures et d'art que les peuples africains ont développé. Dans presque toutes les soixante ethnies du Burkina Faso, nous retrouvons cette valeur culturelle qui apparait comme une carte d'identité mais aussi une oeuvre d'art avec ses significations et valeurs esthétiques.

Les Moose sont un peuple venu du Gambaga (Nord du Ghana actuel). Selon la tradition orale des Moose, c'est Rialé, le père de Ouédraogo qui aurait introduit les scarifications ethniques chez les Moose.

Il mit cette distinction à son fils Ouédraogo afin de le reconnaître parmi d'autres personnes ceci à cause des réticences de beau père de bénir leur union avec sa femme Yennega. Plus tard la pratique se généralisa à tout le Moogo. Voici les différentes scarifications ethniques que nous avons observées chez les moose :

- le Marende : pour la beauté qui se pratique sur le nez ;

- le wiifu : donné au premier fils du roi, c'est à dire un prince ;

- le pug wii ou scarification du ventre

- le lemde ou scarification du menton

- le dendendga

- le youbl dayaka ou scarification du cou,

Il faut dire que les scarifications permettaient de révéler la valeur identitaire de l'individu moaaga. Ainsi, on pouvait reconnaître un noble (Nakombga), un roturier (talga), d'un Busanga etc.Il faut dire que du temps de Naba Oubri un moaaga scarifié était épargné de l'esclavage, de tortures et exactions et bénéficiait ainsi de protection.

Importance sociale des scarifications chez les Moose de Manga
Les cicatrices permettaient une classification sociale divisant la société en nobles, princes ou esclaves selon le type de scarifications que l’on porte.

1. Le Marende : ce sont des cicatrices de la beauté, de l’élégance qui consistent à faire deux ou trois traits horizontaux sur la tempe. Ce terme Marende renvoit aux marense (teinturiers d’origine Sonrhaï) qui sont une catégorie socio professionnelle des moose. La relation avec cette couche sociale n’est pas ressortie dans les explications des dépositaires de la tradition de Manga. Mais ailleurs la référence aux marense est très probable.
2. Le wiifu du Nakombga : ce sont les cicatrices exlusivement réservées aux princes qui consiste à faire deux scarifications du visage à partir de la joue au menton l’un à droite, l’autre à gauche ;
3. Le lemde ou scarification du menton qui est sous forme d’une croix au menton
4. Le dedendga est une forme de scarification qui consiste alterner verticalement et horizontalement trois scarifications à gauche et à droite des pommettes.
Toutes ces scarifications sont faites par un spécialiste scarifieur.

Les scarifications sur les autres parties du corps et des dents
1. Youbl dayaka ou les scarifications du cou : ce sont des scarifications que l’on fait sur le cou.
2. Pug wii ou scarifications du ventre : ce sont des scarifications que l’on fait sur le ventre d’où le terme puga qui désigne le ventre chez les moose. Elles se caractérisent par trois cicatrices verticales en haut du nombril, trois en bas du nombril, trois scarifications horizontales à gauche, et trois à droite.
3. Les scarifications des dents ou limage des dents : qui consistent à tailler les incisives supérieures et inférieures jusqu’à les rendre pointues.

Scarifications propitiatoires
1. Dog n kii wii : ce sont les scarifications que l’on fait sur les nouveaux nés morts. Ce sont les laada ou fossoyeurs qui procèdent à ces scarifications sur ces nourrissons défunts. Ceci permet de reconnaitre ensuite les mêmes scarifications sur le nouveau né de la femme qui perd ses enfants en bas âge. Sur un autre plan, Maurice Houis décrit bien ce phénomène de la donation du nom chez les moose . En banalisant l’enfant avec les ordures, il peut ainsi échapper à la convoitise des mauvais génies

Les instruments de scarifications
Il y a selon les régions plusieurs types d’instruments que l’on utilise pour procéder aux scarifications. Chez les moose de Manga, l’instrument le plus usité est le Pongo, qui est une espèce de couteau en forme triangulaire muni d’un manche.
Ce sont les forgerons ou Sããba qui fabriquent cet instrument. Les forgerons sont les maîtres du fer et disposent d’une certaine puissance dans le royauma moaaga . Le forgeron impose de manière similaire son autorité entre les acteurs d'un conflit communautaire. C’est pourquoi le forgeron est nanti d’un pouvoir de demander pardon dans la société moaaga. Il ne juge pas. Il ne pardonne pas au sens propre. Il impose une suspension des offenses, l'arrêt des représailles, l'échange formel des excuses. Sa capacité de prononcer des interdictions relève d'un champ déterminé de faits sociaux.
L’acte de scarifier est public et fait du scarifieur une personne habilitée en raison de ses connaissances techniques mais aussi symboliques.
Ceux qui pratiquaient les scarifications étaient des hommes d’expérience, il fallait aussi un apprentissage au bout duquel on pouvait être apte à les pratiquer. Il fallait du courage et de l’adresse (du doigté) pour ne pas rater sa tâche.
Avant de pratiquer les scarifications, les parents du candidat apportaient un plat de mil traditionnel en terre neuve, du sorgho blanc, du sorgho rouge pour la cérémonie.
Après l’épreuve de scarification, on mettait le médicament dans le plat à terre afin de soigner le candidat qui était soit un enfant ou adolescent. Le médicament était composé de beurre de karité, du bûndu feuilles d’un arbuste qui sert à préparer la sauce. La composition du médicament était à base de cendres (de la fumée noire) qui servait à cicatriser la plaie. Généralement au bout d’une ou deux semaines au plus tard, la plaie était guérie.
L’image graphique des scarifications
Les scarifications ont une certaine présentation que nous essayons de matérialiser à travers ces croquis.

webmaster: Abdoul Azize Kindo