L'art africain dans la littérature orale accueil

Chapitre IV. Quelques études des littératures orales africaines

Introduction

A. Les études linguistiques.

B. Les études ethnosociologiques

C. Les études psychologiques

D. Les études stylistiques

E. Les études des structures

F. Les études de contenus

G. Conclusion

 

Introduction [haut]

Ce chapitre va donner des repères dans l'étude des littératures orales africaines.

L'étude de la littérature orale soulève quelques problèmes de démarche. C'est ainsi que Frank Alvarez-Pereyre, dans un article consacré à l'étude des littératures orales, tente de soulever un certain nombre de tendances et problèmes liés à l'étude des littératures orales (1). Nous allons ainsi essayer d'analyser les grandes lignes de son argumentation afin de faire ressortir les options prises dans l'étude de la littérature orale. Ce qui pourra nous permettre d'éclairer au mieux le choix de nos analyses. Ainsi Frank Alvarez-Pereyre note que depuis quelques années, l'étude de la littérature orale est à la mode sans qu'on puisse définir clairement les connotations ambiguës des publications, des travaux et préoccupations. On peut cependant regrouper les études de littérature orale en fonction de leur objet d'étude : étude à caractère linguistique d'un texte, étude des tendances ethnosociologiques de la littérature orale ; étude des rapports psychologiques individuels ou collectifs avec les récits ou les textes ; étude de structures narratives ; étude des contenus enfin. Le but de l'auteur de l'article est de présenter les types d'analyse en situant leur spécificité et en montrant leur intérêt respectif, dans le cadre d'une étude nuancée et cohérente des faits de littérature orale. Les exemples sont surtout tirés des travaux de recherche française. L'étude a pour but de tracer un chemin explicite et cohérent en matière d'étude des littératures orales. Ainsi Frank Alvarez-Pereyre vise au delà du recensement et de l'analyse de recherches concrètes, à sensibiliser les travaux des chercheurs à la nécessité d'une réflexion théorique et méthodologique, condition indispensable à l'établissement des démarches scientifiques cumulatives et à leur preuve. Le chercheur est alors confronté à des questions de méthode, ou à des questions théoriques qu'il laisse souvent de côté pour des temps meilleurs. Dans cette mesure, où commence et où finit le domaine de la littérature orale? Face à cette complexité, une question se pose :


" A savoir si tout le monde s'accorde-t-il à classer dans ce domaine contes, légendes, anecdotes enfantines ou familiales, recettes de cuisines transmises oralement, devinettes, proverbes, poèmes de louange, épopée? quels critères adopte-t-on pour inclure ou exclure?" (2).


Le problème sous-jacent est le critère utilisé, pour inclure ou exclure. Cela nous renvoie ainsi à la question des critères : comment reconnaître un conte merveilleux, un conte facétieux, une légende et une épopée. Doit-on tenir compte des critères linguistiques, ou sociologiques, ou encore des classifications du milieu. Comment tous ces critères s'articulent-ils entre eux?
La littérature orale est définie en fonction de l'existence pure et simple de corpus plus ou moins définis, ainsi les récits à formes fixes transmis oralement à travers plusieurs générations, pendant des siècles au sein d'une collectivité. A cette définition du corpus s'ajoute la définition du matériau, le choix pour un type d'analyse plutôt qu'un autre. Qui étudie davantage ou mieux la littérature orale? Est-ce que le linguiste qui identifie tous les caractères proprement linguistiques d'un texte, sans pour autant s'occuper des phénomènes d'énonciation, ou alors la préférence ira à l'ethnolinguiste qui s'occupera de l'énonciation linguistique, sans la relier aux contraintes étudiées par la pragmatique et la praxiologie.
L'étude de la littérature orale du point de vue de "l'ethnolinguistique sera-t-elle une constatation des régularités ethnologiques qui se dégagent de l'analyse d'un texte recueilli ? Sera-t-elle une analyse du statut du discours (conte, mythe, chantefable...) à propos d'un vécu observé ? Cette ethnolinguistique là devra-t-elle intégrer les idéologies dites indigènes sur la littérature orale ? Dans une hypothèse positive, quels seront les causes, les fondements. Ou encore, quelles sont les conditions d'un comparatisme dont bien des études en littérature orale sont l'exemple : Ainsi la croyance plus ou moins implicite en quelques modèles dits universels, ou au contraire la préférence pour une singularité ethnique ou culturelle, à propos de laquelle les infinies tentations de l'ethnocentrisme doivent être toujours être maîtrisées" (3).

 


A. Les études linguistiques.[haut]

Pour Frank Alvarez-Pereyre, l'analyse linguistique des corpus de littérature orale servent, à côté d'autres matériaux, à la description linguistique d'une langue ou d'un dialecte ; objectif précis et circonscrit qui se traduit quelque fois par la publication des textes recueillis. On peut ainsi retrouver dans ces textes des informations linguistiques, qui peuvent permettre une identification rigoureuse des unités linguistiques et leurs enchaînements ; entendons par là du rapport entre système linguistique, énonciation et référents. La pertinence de l'appareil linguistique peut varier en fonction de l'orientation du chercheur, celui qui s'intéresse à la distribution sociologique de récits mythiques peut s'en passer par contre, il ne peut en être de même pour celui qui s'intéresse à l'étude du contenu. Or, constate l'auteur, les études de contenu sont souvent écartées de l'analyse linguistique. A ce niveau, note Frank Alvarez-Pereyre, les études de A. Bensa et J.C. Rivièrre sur quelques genres littéraires Paici, constituent un plaidoyer pour une attention à ces faits linguistiques qui sont partie prenante de la littérature orale (4). L'étude du sens nécessite la connaissance des différentes règles linguistiques qui conditionnent leur distribution au niveau de l'énoncé. Il s'établit ainsi une distribution dans plusieurs réseaux de compatibilités morphologiques, syntaxiques, et sémantiques, réseaux qui ne sont jamais vraiment gratuits. Cette classification linguistique ne devrait pas toucher uniquement les études de sens, mais également la sociologie de la littérature orale. En effet, ce type de recherche vise la mise en corrélation des règles d'usage et de classes ou catégories du récit. Comment peut-on établir toutes ces catégories? Frank Alvarez-Pereyre préconise d'avoir recours au "vocabulaire typologique vernaculaire" (5). Les typologies autochtones impliquent alors l'analyse des critères qui les sous-tendent. Cet auteur avance qu'on peut se référer à une classification classique, (conte, légendes, devinettes, anecdote...) rabâchée et inefficace dans le fond, si cette classification n'est pas confrontée aux différents vocabulaires et catégories vernaculaires ainsi qu'à bien d'autres caractères (formels, stylistiques, etc.). Pour notre part, la classification des genres oraux moose partira de la taxinomie locale des moose (cf. chapitre 3 de cette deuxième partie). Cependant note F. Alvarez-Pereyre, on peut faire appel à la catégorie des personnages ou à celle des types d'intrigues : ainsi la classification établie par Aarne et Thompson, est fondée sur des critères en deux temps (Aarne et Thompson, 1964). On peut avoir recours également à des critères linguistiques, formels ou conceptuels notamment concernant les conséquences typologiques des travaux menés par P. Galand-Pernet, C.H. Breteau et M. Galley.
On peut alors distinguer plusieurs récits apparentés de par leur organisation générale (contes merveilleux, contes facétieux), à une même catégorie, définie sur la base du merveilleux qui peut offrir des types d'agencements rhétoriques diversifiés ; ainsi le passage par des types de registres différents ou encore des comportements formels et conceptuels différents d'un récit à l'autre, pour une même catégorie d'unité lexicale. Tout cela peut permettre la mise en évidence du fait que de nombreux récits se ressemblent et sont en même temps différents. Même si on remarque que de nombreuses analyses linguistiques de la littérature orale ne sont pas faites pour le compte du fait "littérature orale" en lui-même, ces analyses sont complètement inévitables pour quiconque s'intéresse de près ou de loin à ce fait particulier. Il faudrait cependant que ces analyses linguistiques se développent sur la base d'une théorie générale qui n'assimile pas tous les faits linguistiques, faisant entorse par exemple à la sociolinguistique. L'analyse des faits de littérature orale implique une claire typologie des messages linguistiques. La rentabilité des analyses linguistiques des corpus est liée à de telles typologies.


B. Les études ethnosociologiques[haut]

Abordant l'étude ethnosociologique des faits de littérature orale, Frank Alvarez-Pereyre pense que plusieurs recherches récentes ont concrétisé une approche possible, relative aux règles et conditions d'usage des faits de littérature orale. Les études synchroniques ont été effectuées par G. Calame-Griaule (6) ; par contre celles qui font référence aux changements historiques et aux rapports sociaux, ont été réalisées par Rey-Hulman (7).
A ce niveau, on peut dire que ce sont des études linguistiques, et noter qu'elles démentent le fait que les catégories de récits ne connaîtraient pas de règles précises de distribution sociologique. Cette étude précise en même temps les conditions ethnosociologiques élémentaires à travers lesquelles se produisent les faits de littérature orale.
L'article de D. Rey-Hulman, illustre les règles d'usage et de distribution, pour une meilleure compréhension au présent et au passé des faits et des idéologies qui les fondent ou les justifient, accompagnées d'un nécessaire regard historique nécessaire, qui considère tous les aspects du changement socioculturel ( 8). Cet article fait une étude du niveau de l'énonciation pour l'étude des textes et de leur production.
Les travaux de D. Fabre, et J, Lacroix 1972 (9 ), et de celui de J E, 1975 Mbot (10), donnent une idée plus précise, des conditions d'analyse de l'énonciation. On en arrive à un stade où s'établissent les liens multiples qui existent entre le texte synthèse toujours remaniée par des éléments essentiels, et plus ou moins transparents et les conditions effectives de son existence, ainsi que des ses transformations.


C. Les études psychologiques[haut]

On rencontre des liens entre les études linguistiques (formelles ou conceptuelles) et les études ethnosociologiques. Par contre les préoccupations psychologiques n'existent pas dans les études de terrain.
Frank Alvarez-Pereyre cite un mémoire de psychologie récent constitué par une visite guidée de plusieurs ouvrages d'inspiration psychologique, qui de près ou de loin ont traité des faits de littérature orale (11). Ces approches clarifient les rapports quotidiens qu'entretiennent les récits, et en même temps ceux qui ont à les assumer en tant que créateurs et transmetteurs. Il y a une explicitation de la genèse de l'individu comme être psychologique et social. Ce mémoire montre les conditions de l'imaginaire et de son développement ainsi que les lieux privilégiés ou détournés de son expression. C'est un appel à la rigueur, une exigence méthodologique dans le cadre des études de littérature orale quand celles-ci font appel à la psychologie. Il ne faut pas oublier de noter la grande faveur dont bénéficient les contes. Cela est dû à son statut spécifique du conte en tant qu'instrument symbolique.


D. Les études stylistiques[haut]

L'analyse des études stylistiques (codes linguistiques et codes non linguistiques) révèle qu'il y a souvent une confusion, qui explique pourquoi le statut des analyses stylistiques est si controversé dans les études de littérature orale. En effet celles-ci portent à la fois sur des faits de langue et sur des faits extralinguistiques. A ce niveau, les études sur la fonction de la litanie de J. Fribourg, et P. Roulon, montrent comment toutes ces fonctions tiennent à la structure des litanies comme acte de langage spécifique, linguistiquement et socialement (12). De même, les études de Christiane Seydou sur la devise Peule (13) et de A Bourcharlat sur les devinettes Rwanda (14 ) montrent que les procédés stylistiques font partie du texte qui est relaté. Les études stylistiques peuvent même viser deux objets reliés mais distincts : pour chaque genre, la recherche de ce qui, au niveau linguistique, définit ce genre en propre, à côté des règles qui régissent tout message linguistique dans la langue considérée. Par ailleurs, il s'agira des variations que chaque émetteur peut faire subir au texte émis, sur les éléments les plus remarquables de la langue et du langage, mis alors en jeu dans le genre spécifique. L'autre volet de l'analyse stylistique porte sur les éléments non linguistiques comme les mimiques, l'intonation et le gestuel. Une illustration en est donnée par l'étude de G. Calame-Griaule, relative au système gestes se développant dans le cadre de la narration du conte (15). Cette étude montre que la connaissance et la compréhension d'un fait de littérature orale, ne peuvent se réduire à l'un ou l'autre de ses caractères constitutifs.


E. Les études des structures[haut]

L'étude des structures narratives est abordée à partir du mot allemand Gestalt (forme) qui veut dire "abstraction de l'aspect de mobilité et admet qu'une connexion des parties s'est formée, close et fixe dans son caractère". Pour Jolles,

 

"la forme qu'il s'agit d'engendrer est la manifestation des choses en tant que phénomènes typiques et morphologiquement déterminés, la puissance agissante au sein de tout événement" (16).

Jolles traduit bien la préoccupation de plusieurs chercheurs ; la recherche morphologique se fonde alors sur la conception d'une connexion de parties d'un texte, close et fixée dans son caractère. Il y a deux ambiguïtés que Jolles relève dans ce texte. Il s'agit d'une part de la confrontation entre la structuration d'un texte, et le contenu de celui-ci. Ceci se traduit par l'emploi du terme morphologie, dans l'étude des structures narratives. Et souvent l'analyse des structures narratives se substitue à une analyse du contenu de ce texte. Pour Jolles, on peut partir d'une présentation des types d'approche possibles d'un texte - historique, sémantique et formel- pour arriver en fin de compte à dégager une colonne vertébrale spécifique de ce texte, ou d'un groupe de textes, colonne qui serait le répondant de l'ensemble. Les études en littérature orale n'ont pas consacré beaucoup de développements méthodologiques à la structuration des récits.
Ces récits étant considérés comme partie inévitable d'un ensemble cohérent d'études du fait de littérature orale. Relevons les études de Mme Christiane Seydou sur la devise dans la culture peul (1977), et celle de Boucharlat sur les devinettes du Rwanda (1975) qui intègrent bien l'analyse des structures narratives; ces analyses étant faites dans le cadre d'entreprises qui concernent des genres peu abordés par les études de structuration des récits mais qui utilisent des méthodes qui ne doivent rien aux méthodes précitées. Ces études visent essentiellement à une bonne articulation des différentes contraintes linguistiques, stylistiques, narratives, ethnosociologique, selon un modèle à redéfinir chaque fois. Aussi Frank Alvarez-Pereyre trouve-t-il que les travaux ont une immense faveur au niveau de l'information scientifique, mais ne trouvent pas de place dans la pratique des analyses totales ; à tel point que des débutants dans l'étude des littératures orales entament leurs recherches, sans songer une seconde à disséquer les structures formelles du récit. Ces dernières sont d'une importance capitale pour cette colonne vertébrale qu'est l'agencement rigoureux et nécessaire d'un récit en séquences. Tout ceci nous ramène à la préoccupation de Jolles, qui met en cause le statut des structures narratives, leur justification dernière dans le cadre complet du fait littérature orale. Mais en fait, quel est le fondement des structures narratives, est-ce une nécessité a-temporelle, a-culturelle, universelle c'est à dire strictement narrative, s'agit-il d'une nécessité culturelle, psychologique ?
Pour élucider cela, Christo Todorov se range du côté de l'hypothèse psycho-mécanique (17). Il fait jour sur certains processus psycholinguistiques qui touchent tant à la reconnaissance, qu'à la mémorisation et à la reproduction de récits ou textes de diverses catégories. Les études de Galand-Pernet ainsi que celles de Mme Christiane Seydou le démontrent bien. Par contre, les études de Mme Calame-Griaule recherchent plutôt la discussion. Une analyse morphologique rigoureuse passe ainsi par la connaissance des enjeux concrets de la société où les textes ont davantage cours. Ensuite cette connaissance des enjeux permettra d'expliquer l'articulation des structures narratives.


F. Les études de contenus [haut]

L'étude des contenus, note Frank Alvarez-Pereyre, passe par les travaux charnières de Mme Calame-Griaule (18). Les faits de littérature orale forment un complexe d'éléments dont il faut définir les structurations, les hiérarchies et les significations en tenant compte de toutes les contraintes en jeu- quelles soient- linguistiques, rhétoriques, stylistiques, ethnosociologiques, ou sémantiques. Les usagers constituent des systèmes de normes idéologiques. Dans ce contexte, les multiples facteurs en jeu, les faits de littérature orale peuvent nous éclairer, selon qu'on se place du point de vue de la société ou de celui du chercheur. Parmi les études de contes citons les travaux de Görög-Karady, V (19 ) et Lacoste-Dujardin (20 ). Ces études s'attachent aux types de corpus, aux objectifs méthodologiques employés. On remarque une place importante réservée aux contes. Les mythes occupent également une place appréciable. Les études de Mme Christiane Seydou concernent La Devise peul, tandis que les travaux de Diouldé Laya portent sur Zamu ou poèmes sur les noms. A. Boucharlat a consacré une étude sur Les Devinettes du Rwanda ; Faïk-Nzuji M a par ailleurs fait une étude sur Les Devinettes tonales Tusumwinu. Notons enfin une étude relative aux ballades et poèmes bretons avec Laurent D, 1971 et Labatut, 1974). De façon générale, les objectifs des études de contenus, veulent essentiellement rendre compte d'un genre spécifique, et en même temps comparer des textes entre eux, à l'intérieur d'une même culture ou d'une culture à l'autre ; la recherche désire aussi dégager "seulement" le sens d'un texte ou d'une série de textes. Par ailleurs, les buts de ces études tendent à suivre le développement d'un thème, d'un objet, d'une pratique ou d'un personnage à travers un ou plusieurs textes. A cela, on peut ajouter des objectifs secondaires notamment l'étude de moyens inconscients propres à une culture ou la recherche d'universaux ; il en va de même pour l'étude de relations réciproques entre les récits et différents aspects de l'organisation sociale ; enfin seront faites des recherches dans le passé comme la généalogie politique d'un groupe humain.
Au niveau de l'option méthodologique, nous voyons que certaines études sont plus générales, d'autres plus circonscrites dans leurs implications. On rencontre même des concepts dont les conditions d'utilisation ne sont pas établies comme la vision du monde, les modèles culturels, ou le symbolisme. G. Calame-Griaule a proposé, et même définit la notion de vision du monde ; elle considère cette vision comme la façon dont une société interprète et analyse ce qui l'entoure. Calame-Griaule trouve que seule la méthode structurale peut permettre de la mettre vraiment en évidence. Quant à Frank Alvarez-Pereyre lui-même, il analyse cette notion dans un contexte plus dynamique à travers la notion de modèle culturel en faisant une réflexion explicite appliquée aux procédures. L'étude de plusieurs littératures repose sur une conception du symbolisme, de ses caractères et de ses voies d'approche. Cependant les études apparaissent plutôt comme la concrétisation de l'option théorique du symbolisme que comme un décorticage en règle de cette option. Ce qui peut amener une confusion entre option théorique et symbolisme à décrire.
Il faut étudier la façon dont on conçoit l'articulation de l'ensemble des niveaux mis en jeu dans les faits de littérature orale. Ce fait est surtout important pour les études ethnolinguistiques. En définitive, on peut se demander s'il faut tenir compte des propositions de Jolles dans Les Formes simples, ou s'il faut suivre les pistes suggérées par Molino, à propos du fait musical? Il y propose un découpage du message symbolique en trois niveaux selon sa production, sa réception et ses propriétés immanentes. D'après Molino, on ne peut s'en tenir seulement à des modèles régionaux de relations établies sur la base d'une description très minutieuse de leurs composantes. De même, la nécessité d'une étude sur les relations entre les divers champs symboliques, serait un fondement insuffisant.
Dumézil pense qu'il faut davantage développer une explication du texte ouverte à différentes perspectives où la linguistique, l'ethnologie, et l'histoire coexisteraient à propos de faits qui nécessitent à chaque fois un traitement particulier dans le cadre d'une entreprise où chaque élément isolé serait susceptible d'être éclairé, par des faits de classe équivalentes ou différentes ; ceux-ci étant issus de contextes géographiques et historiques différents(21 ). Claude Levi Strauss évoque ce problème dans la comparaison des mythes entre différents peuples. Il pense qu'il faut commencer par là, et demander à l'ethnographie du groupe ce qu'elle peut fournir; une fois ces ressources exploitées, d'autres efforts sont requis de la part de l'analyste, car ces mythes s'opposent à d'autres mythes et les contredisent. On aborde ainsi le champ du comparatisme. Quand il est objectif, ce qui est le cas dans certaines études de chercheurs, il devient aussi moyen dans l'élucidation du sens. Ces propositions sont valables et à quel prix? Le linguiste peut réfuter ce critère de validité pour la référence au statut paradigmatique et syntagmatique dans une autre langue. Le comparatisme est-il lié au postulat des universaux linguistiques, culturels ou plus généralement cognitifs ? Pour notre part, nous pensons qu'il est lié aux universaux culturels.
L'analyse des contenus ne correspond pas à la description des textes analysés, bien que cette description aiderait à l'analyse des contenus ; ce qui explique le statut toujours insatisfaisant des classifications disponibles jusqu'à maintenant. Il faut dire que sans description systématique, l'objet lui-même sur lequel on travaille échappe : comment classer alors un tel objet? A côté du caractère utilitaire de certaines classifications, il n'en reste pas moins vrai qu'on retrouve à leur sujet le caractère partiel relevé pour chaque type d'analyse ; s'agissant d'un type conçu soit comme exclusif soit comme devant s'intégrer dans un cadre plus systématique dont la définitive systématique, explicite manque pourtant.


G. Conclusion [haut]

Notre objectif nous pousse à nous pencher sur les points de la réflexion de Frank Alvarez-Pereyre, ce dernier étant guidé par le constant souci de regrouper et d'articuler certaines quantités de très nombreuses études, consacrées au champ de la littérature orale. D'autre part, l'auteur nous suggère que les études, surtout celles concernant des faits de littérature orale, se doivent d'intégrer une série d'analyses et de préoccupations. Il nous a ainsi permis de cerner les atouts qui semblent encore manquer dans les entreprises des chercheurs, à savoir le manque d'un cadre théorique explicite et homogène, ainsi que l'absence de toute description systématique cohérente et non équivoque des textes.

1). F. ALVAREZ-PEREYRE, "L'Etude des littératures orales : De quelques tendances et problèmes". in Cahiers de Littérature Orale, N°7, 1980, pp. 170-207.
(2 ). F. ALVAREZ-PEREYRE, "L'étude des littératures orales : De quelques tendances et problèmes". in Cahiers de Littérature Orale, N°7, 1980, p. 171.

(3). F. ALVAREZ-PEREYRE, Op cit, p.172

(4). cf. A. BENSA, J.C. RIVIERE, 1976. cité par F.ALVAREZ-PEREYRE

(5). cf. A. BENSA, J.C. RIVIERE, 1976. cité par F.ALVAREZ- PEREYRE., pp. 34-37 voir aussi F.ALVAREZ-PEREYRE, 1976, pp. 27-35

(6). G. CALAME-GRIAULE, "Pour une étude ethnolinguistique des littératures orales africaines", langages, N°18, Paris, Didier/ Larousse, PP... 22-47.

(7). D. REY-HULMAN, " 'L'invitation au conte africain', ou l'évolution du conte tyokossi", in CALAME-GRIAULE, G. (éd), Langage et cultures culture africaines, Essais d'ethnolinguistique, Paris, Maspéro, Bibliothèque d'anthropologie), pp. 153-184.

(8). D. REY-HULMAN, "l'invitation au conte, ou l'évolution du conte Tyokossi", in CALAME-GRIAULE, G, (éd), Langage et cultures africaines, Essais d'ethnolinguistique, Maspéro (Bibliothèque d'Anthropologie), 1977, pp. 153-184.
(
9). D. FABRE, et J. LACROIX, "Langue, texte et société; le plurilinguisme dans la littérature ethnique occitane", Ethnologie française, Tome 2, N°1-2, Paris, 1972, pp.. 43-66.
(
10). J. E. MBOT, Ebughi bifia, "Démonter les expressions", Enonciation et situations sociales chez les Fang du Gabon, Paris, Mémoire de l'Institut d'ethnologie, XIII, Institut d'ethnologie, Musée de l'homme, 1975, 148 p.
(
11).P PELENC, 1978 ce mémoire est une analyse synthétique d'ouvrages dont certains d'ailleurs ne sont pas exclusivement psychologique ou traitent de façon plus générale du symbolisme et de l'imaginaire, dans une optique psychologique: Baudoin, C, 1963 ; B Bettelheim, 1976, Berne, E, 1977; Erikson, E N, 1976; Freud, S 1965, Groddeck, G, 1969; Laing, R, 1970, Leia, 1948; Mabille, P, 1962; Mac Dougall, J, 1978; Rubin, G, 1977; Soriano, M, 1968; Franz, M. L. Von, 1978; wallon, H; 1942.
(12 ). J. FRIBOURG, et P. ROULON, "Litanie et expressivité", Journal de psychologie, Paris, N°3-4, 1976, pp.. 367-390.
(13). C. SEYDOU, "La devise dans la culture peule : évocation et invocation de la personne", in CALAME-GRIAULE, (éd), Langage et cultures africaines, Essais d'ethnolinguistique, Paris, Maspéro, Bibliothèque d'Anthropologie, 1977, pp.. 187-264.
(
14). A. BOUCHARLAT, Le commencement de la sagesse, les devinettes au Rwanda, Paris, SELAF, Tradition orale n°14, 1975.

(15). cf G. CALAME-GRIAULE, "Pour une étude des gestes narratifs" in CALAME-GRIAULE G. (éd), Langage et culture africaine, Essais d'ethnolinguistique, Paris, Maspéro (Bibliothèque d'anthropologie), 1977, PP. 11-28
(16). A. JOLLES, Les Formes simples, 1972, Paris, Seuil, p. 15.
(17). C. TODOROV, "La hiérarchie des liens dans le récit", Sémiotica, III/2, Paris La Haye, Mouton, 1971, pp.. 121-139.

(18). cf." Pour une étude ethnolinguistique des littératures orales africaines", langages, N°18, Paris, Didier/ Larousse, PP... 22-47. et "Pour une étude des gestes narratifs" in CALAME-GRIAULE G. (éd), langage et culture africaine, Essais d'ethnolinguistique, Paris, Maspéro (Bibliothèque d'anthropologie), 1977, PP. 11-28
(19). V GÖRÖG-KARADY, Noirs et blancs, leur image dans la littérature orale, Etude, Anthologie, Paris, Selaf, (Tradition Orale, N°23) 1976.
(20). C. LACOSTE-DUJARDIN, Le conte Kabyle, Etude ethnologique, Paris, Maspéro, 1970.

(21). cf. G. DUMEZIL, Mythe et épopée, 3 tomes, Paris NRF (Bibliothèque des sciences humaines), 1968, P. 25

 

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